C'est le 14 mars 1634 que Jean Guyon et Zacharie Cloutier s'engagent à suivre Robert Giffard. Le seigneur promet de leur concéder des fiefs dans sa seigneurie de Beauport. Le notaire Roussel est-il distrait? Il semble que Giffard veut donner «à chacun d'eux mille arpents de terre», mais le tabellion écrit «à chacun deux mille arpents». Quand vient le moment pour le seigneur de respecter ses promesses, les deux pionniers reçoivent respectivement les arrière-fiefs de la Cloutièrerie et du Buisson, celui-ci nommé d'après une petite rivière qui l'arrose. Guyon s'attribuera d'ailleurs ce surnom à particule.
De cette erreur, il résultera une vive contestation. Le gouverneur Huault de Montmagny intervint et il trancha la question au bénéfice du seigneur.
En mars 1634, Jean et les siens, à l'exception de sa fille Barbe et de son gendre qui rejoindront le reste de la famille plus tard, quittent Mortagne. Embarqués à Dieppe, les Guyon parviennent après deux mois de traversée en juin 1634 à l'embouchure du fleuve Saint-Laurent.
Huit des enfants, dont six fils, se marieront et donneront à la colonie une pléiade de rejetons. Jean, qui prendra le surnom de son père, jette son dévolu sur Elisabeth Couillard (1645), la petite fille de Louis Hébert: 13 enfants. Simon épouse Louise Racine (1653), fille d'Étienne et de Marguerite Martin: six enfants. Claude se marie avec une Parisienne, Catherine Colin (1655), originaire de la même paroisse que l'épouse de Samuel de Champlain, Saint-Germain-l'Auxerrois: 12 enfants.
Denis unit sa destinée à celle d'Elisabeth Boucher (1659), fille de François et de Florence Gareman: neuf enfants. Michel, sieur de Rouvray, charpentier de navires, choisit pour compagne Geneviève Marsolet (1662), fille de Nicolas, qui est sieur de Saint-Aignant, tout d'abord interprète arrivé en 1613 avec Samuel de Champlain, puis propriétaire de plusieurs seigneuries dont celle de Bellechasse: 13 enfants. Enfin, François, dit Després, s'allie lui aussi avec une Marsolet, prénommée Marie-Madeleine (1662), la soeur de Geneviève: 12 enfants. Notons que le mariage de ces deux derniers couples est célébré le même jour, 4 septembre (1662); ils ont signé leur contrat de mariage devant le notaire Audouard le 20 août précédent.
Les deux filles Guyon doivent relever aussi le défi des familles nombreuses. Barbe, l'aînée de la famille, épouse le maître coutelier Pierre Paradis, à Mortagne, en 1632; le couple a sept enfants avant de passer en Nouvelle-France et il en porte quatre autres à l'église après son arrivée. Quant à sa soeur, Marie, elle choisit pour époux un solide Normand, le maçon François Bélanger, en 1637; celui-ci sera capitaine de milice sur la côte de Beaupré et recevra, en 1677, la seigneurie de Bonsecours (L'Islet). Le couple a 12 enfants.
Jean Guyon est de toutes les fêtes religieuses et populaires. Ainsi, le Journal des Jésuites nous apprend que lors de la Fête-Dieu de 1646, il marche avec un autre migrant percheron célèbre Zacharie Cloutier à la tête de la procession, et que, à l'occasion du mariage de Jean Guyon du Buisson, le fils aîné du pionnier, avec Elisabeth Couillard, «il y eut deux violons à la noce, ce qui ne s'était pas encore vu au Canada».
C'est en 1652 que Pierre Paradis et Barbe Guyon arrivent en Nouvelle-France avec leur famille. Jean Guyon et son épouse possédent toujours leur maison à Mortagne. En 1653, ils la cèdent à la paroisse.
Jean Guyon décéde le 30 mai 1663; Mathurine Robin l'avait précédé dans la tombe un an plus tôt le 17 avril 1662.
Au fil des siècles, leurs enfants et descendants ont donné naissance à des générations de Guyon, devenus Guion ou Dion. Elles se sont installées au Québec, au Canada et aux Etats-Unis.
En 1730, la lignée Guyon compte 2150 personnes, ce qui la place ainsi au premier rang des familles françaises d'Amérique.
238 ans plus tard, le 30 mars 1968 naissait Céline Dion.
source: d'après un article de Michel Ganivet publié dans l'hebdomadaire Le Perche daté du 1er janvier 1998.
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