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Le Perche, terre d'émigration
vers le Québec au XVIIe siècle
Le Perche, terre d'émigration vers le Québec au XVIIe siècle

Robert Giffard (~ 1587 Autheuil - 1668 Beauport)
Marie Renouard (1599 Mortagne-au-Perche - ? Canada)

Robert Giffard est le chef de file de l'émigration percheronne en Nouvelle-France. Avec le concours des frères Juchereau, il a organisé ce mouvement migratoire et ainsi contribué largement au peuplement du Canada français.

Il est le fondateur de l'ancienne ville de Beauport, maintenant fusionnée à la ville de Québec.
signature de Robert Giffard
signature de Robert Giffard sur l'acte d'engagement
de Zacharie Cloutier et Jean Guyon daté du 14 mars 1634

Les années d’apprentissage et de découverte (1587-1633)

Selon ses propres déclarations, à l’occasion des recensements de 1666 et 1667 en Nouvelle-France, Robert Giffard serait né vers l’an 1587. Son acte de baptême a disparu mais son père, Guillaume, habite au lieu-dit Moncel, à moins d’un kilomètre de la paroisse d’Autheuil dans le Perche, où il fait probablement baptiser son fils.

Robert Giffard a deux sœurs et deux frères aînés, issus du premier mariage de sa mère, Louise Viron, avec le marchand Jean Pinguet. Les parents de Giffard décédés, c’est auprès de son demi-frère, Noël Pinguet, qu’il se réfugie en 1608. Noël Pinguet est prêtre et sous-diacre de Tourouvre depuis 1606 et son savoir fera de lui le principal du collège de Mortagne. Giffard étudie jusqu’à sa majorité pour ouvrir en 1615 une boutique d’apothicaire à Tourouvre. Il poursuit cette activité à Mortagne dès 1619.

Deux ou trois ans plus tard, Giffard embarque sur un navire de la Compagnie de Guillaume de Caen en qualité de chirurgien. C’est l’occasion pour lui de découvrir la Nouvelle-France où il se construit une cabane, au lieu de la Canardière, sur la côte de Beauport. Il revient dans le Perche en 1626 et dès le 24 mars 1627, se porte volontaire pour repartir en tant que chirurgien de la marine, dans la Compagnie de Montmorency. L’expédition tourne mal : au large de Tadoussac la flotte est attaquée par les Anglais et le navire sur lequel voyage Giffard est capturé. Lauson rapportera en 1652 que les pertes de Giffard en cette occasion étaient grandes et qu’elles comprenaient tant du bétail que des serviteurs. Ainsi s’agissait-il là pour Giffard d’une première tentative, avortée, de s’installer en Nouvelle-France.

Enfermé temporairement et privé de ses biens, Giffard parvient néanmoins à rejoindre Mortagne où il passe un contrat de mariage, le 12 février 1628, avec Marie Regnouard (variante orthographique Renouard), fille de Charles Regnouard et de Jacqueline Michel, baptisée le 8 septembre 1599 en l'église Notre-Dame de Mortagne. Marie Renouard a sept frères et sœurs, tous baptisés à Mortagne: Marie (baptisée le 8 octobre 1592), Bonaventure (baptisé le 13 août 1594), Madeleine (baptisée le 7 septembre 1596), Hester (baptisée le 14 janvier 1598), Jehan (baptisé le 14 mai 1603), Hugues (baptisé le 9 novembre 1605) et Catherine (baptisée le 6 octobre 1607).

Le couple Robert Giffard et Marie Regnouard donnent vie à deux enfants avant de s'embarquer pour la Nouvelle-France au printemps de 1634:

 • Marie Françoise, baptisée le 4 décembre 1628 à Mortagne. Elle épouse le percheron Jean Juchereau, sieur de La Ferté, originaire de La Ferté-Vidame, le 21 novembre 1645 à Québec. Marie décède le 11 août 1665 à Québec et y est inhumée le lendemain.

 • Charles, baptisé le 30 décembre 1631 à Mortagne. Charles Giffard repasse en France le 31 octobre 1646 à l'occasion d'un voyage de son père mais il ne revient pas dans sa région natale. Le seul acte le mentionnant dans le Perche est son acte de baptême.

Le temps de la colonisation (1634-1647)

En 1632, par le traité de Saint-Germain-en-Laye, l’Angleterre rend le Canada à la France et, dès l’année suivante, la Compagnie des Cent-Associés considère à nouveau les possibilités de colonisation. Champlain et ses acolytes cherchent des hommes aptes à faire prospérer les terres qui leur seront dévolues.

L’homme mûr qu’est désormais Robert Giffard jouit de la confiance de certains membres de la Compagnie. Le 24 mars 1628, il affirmait déjà devant l’Amirauté de France, bien connaître la Nouvelle-France « pour y estre allé, y avoir séjourné sans intemission cinq ou six ans, et scavoir que ledit pays, en le seul fleuve de Saint-Laurent peult rendre et rapporter quinze mille castors, estant bien mesnagé et entretenu en l’estat qu’il l’a veu par l’abord des sauvaiges qui y viennent et que l’on y peult faire venir en les entretenant en bonne intelligence et concorde [...]. » Aussi, le 15 janvier 1634 obtient-il par acte passé à Paris, dans l’hôtel particulier du président de Lauzon, « une lieue de terre à prendre le long de la coste du fleuve St-Laurent sur une lieue et demye de profondeur dans les terres, à l’endroit où la rivière, appelée Notre Dame de Beauport, entre dans le dit fleuve, icelle rivière comprise. »

Le 3 mars 1634, Giffard signe un contrat de société avec Jean Rosée, Jacques Duhamel, François Vallée et Pierre Le Bouyer de Saint-Gervais afin de réunir les fonds nécessaires à l’exploitation de sa terre. Il s’entend en outre pour revendre l’une de ses parts de la Compagnie audit Le Bouyer, dont il reçoit 1 800 livres, le 12 mars 1634, et quitte sa terre natale avec son épouse et leurs deux enfants en compagnie de Jean Guyon et Zacharie Cloutier qu’il engage à Mortagne. Contre la promesse de s’installer en Nouvelle-France et de mettre la terre en valeur trois ans durant, Giffard leur offre « mille arpents de terre plantés de bois et prairies » où, à ses frais, il fera construire une maison pour chacun. Il assure qu’il les entretiendra et amènera les femmes et enfants des deux hommes en 1636. Ils sont 43 à suivre Robert Giffard sur le nouveau continent. Noël Juchereau est du voyage, ainsi qu’Henri Pinguet avec son épouse, la famille Boucher et bien d’autres.

Ils embarquent à Dieppe en compagnie d’autres engagés, dans une flotte de quatre navires au commandement de Du Plessis-Bochart et accostent à Québec le 4 juin 1634.

Une semaine après son arrivée, Marie Renouard donne naissance à Marie Françoise, baptisée le 12 juin 1634 à Québec. Marie Françoise sera la première religieuse canadienne en entrant en 1646 chez les Augustines de l'Hôtel-Dieu, sous le nom de Marie de Saint-Ignace. Elle mourra le 15 mars 1657 au Québec.

Trois autres enfants naîtront à Beauport:
 • Marie Thérèse, baptisée le 11 novembre 1636 à Québec. Elle épouse Nicolas Juchereau le 22 septembre 1649 à Québec. Elle meurt le 22 juin 1714 à Beauport.
 • Louise, baptisée le 30 mars 1639 à Québec. Elle épouse le 12 août 1652 à Québec Charles de Lauzon qui reçoit l'arrière-fief Beaumarchais. Elle meurt le 30 octobre 1656 à Québec.
 • Joseph, baptisé le 28 août 1645 à Québec. Il épouse Michelle-Thérèse Naud le 22 octobre 1663 à Québec. Il meurt le 31 décembre 1705 à Beauport.

La seigneurie de Beauport, rapidement autonome, s’organise progressivement autour du manoir construit en 1634 et Giffard veille à faire respecter les engagements pris. La vie n’est pas encore prospère et la menace iroquoise va grandissante. Giffard est amené à participer à des combats près de Trois-Rivières en 1637. Il s’implique dans la vie de la colonie, développant une société d’abattage et de transformation des arbres pour commercer avec la France, exerçant ses talents de chirurgien, assurant la charge de marguillier en 1645 et s’intégrant à la Communauté des Habitants qui va s’arroger le monopole de la traite avec les Indiens par ratification royale du 6 mars 1645.

Rapidement, les habitants de Québec protestent contre cette Communauté dont tous les directeurs sont parents et dont certaines pratiques semblent abusives. Selon Jean Hamelin, Chomedey de Maisonneuve et Robert Giffard passent en France en 1646 afin de soumettre leur différend auprès du pouvoir royal qui donne raison aux « petits habitants » et dicte le 27 mars 1647 un « règlement pour établir un ordre et police en Canada ». Ce règlement, qui sera perfectionné dès l’année suivante, refond l’administration de la colonie ; il créé un Conseil composé du gouverneur de Québec, de celui de Montréal et du Supérieur des Jésuites auxquels s’adjoignent à l’occasion le général de la flotte et les syndics élus à Québec, Trois- Rivières et Montréal.

La reconnaissance (1647-1668)

L’activité incessante de Robert Giffard se voit récompensée : le 11 avril 1647 on lui octroie une nouvelle seigneurie, celle de Saint-Gabriel, au nord-ouest de Québec, dont il donne les trois quarts aux Jésuites et le reste aux Hospitalières à l’occasion de l’entrée en religion de sa fille Françoise.

En 1648, il est admis au Conseil de Québec.

En 1649, il ceint de fortifications son village de Fargy et se rend une dernière fois sur les terres de son enfance où il passe une procuration le 16 mars 1650 à Tourouvre.

L’influence de Giffard gagne sans cesse en importance : le 4 mars 1652, le gouverneur Lauson consent à réduire de plus de moitié la dette de 1 645 livres que le seigneur de Beauport doit aux Cent-Associés (le 12 août suivant, sa fille Louise épouse Charles de Lauson). Le 15 novembre 1653, la vaste seigneurie de Mille-Vaches, au sud de Tadoussac, lui est offerte et enfin, ultime distinction, le 1er septembre 1658, Louis XIV accorde à Robert Giffard ses Lettres de Noblesse, pour ses « bons et agréables services »

En 1663, on estime que la famille Giffard détient la septième plus grande étendue de terres de la colonie mais d’un autre côté, seule une maigre partie de celle-ci est mise en valeur.

Cinq ans plus tard, le 14 juin 1668, Robert Giffard meurt de maladie dans son manoir de Beauport à l’âge présumé de 81 ans. On l’inhume à Québec deux jours plus tard. Le nom de Giffard ne perdurera pas en Nouvelle-France : ses filles seules transmettront son sang aux générations suivantes.

Le 20 mars 1673, Marie Regnouard, veuve depuis 1668, cède la seigneurie à son fils Joseph, qui devient ainsi le deuxième seigneur de Beauport. Elle a probablement fini ses jours au manoir seigneurial. L'avenue Renouard dans le quartier du Vieux-Moulin de l’arrondissement de Beauport de la ville de Québec rend hommage à cette pionnière percheronne depuis le 19 novembre 1945, date de dénomination de l’artère. L'avenue Renouard portait initialement le nom de rue Renouard, adopté le 1er avril 1935.

sources
 • LACROIX, Thomas, Robert Giffard sieur de Moncel et de Beauport, PREFEN, 20 mai 2005
 • Ville de Québec - fiche du toponyme Renouard



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