Le Perche, terre d'émigration vers le Québec au XVII<sup>e</sup> siècle
Le Perche, terre d'émigration
vers le Québec au XVIIe siècle
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Tourouvre (Orne, France)

Tourouvre est un village du Perche, situé dans le département de l'Orne en région Normandie (France). Depuis le 1er janvier 2016, Tourouvre est rattaché à la commune nouvelle Tourouvre-au-Perche qui regroupe 10 communes déléguées (Autheuil, Bivilliers, Bresolettes, Bubertré, Champs, La Poterie-au-Perche, Lignerolles, Prépotin, Randonnai et Tourouvre).

Tourouvre a été au XVIIe siècle le principal foyer de l'émigration percheronne au Canada. Pour le géographe français Elisée Reclus (1830-1905), il est même « le lieu d'Europe qui a contribué, pour la plus grande part, au peuplement du Nouveau Monde ». Pas étonnant donc que Tourouvre ait été choisi pour accueillir la Maison de l’Emigration française au Canada qui a ouvert ses portes au public le 1er octobre 2006.

La commune de Tourouvre est jumelée depuis le 8 septembre 1985 avec Saint-Laurent-en-l'Ile-d'Orléans au Québec, là où plusieurs de ses enfants ont fait souche.

Deux vitraux et plusieurs plaques à l'intérieur de l'église Saint-Aubin de Tourouvre rappellent l'émigration tourouvraine au Canada.
Sur la plaque apposée par l'Association Perche-Canada à la mémoire des émigrants du XVIIe siècle, on peut y lire, entre autres, le nom de Jean Guyon et celui de Julien Mercier dont l'arrière-petit-fils Honoré (1840-1894) deviendra Premier ministre de la province du Québec (1887-1891). Un vitrail de l'église Saint-Aubin évoque la visite de ce célèbre descendant en mai 1891 sur la terre de ses ancêtres.

L'église Saint-Aubin est d'origine romane comme l'attestent l'ancien porche et les petites baies en plein cintre du mur sud de la nef.
Agrandie au XVe siècle d'un bas-côté nord percé de six baies au réseau flamboyant, sa façade sud s'éclaira à la même époque de fenêtres gothiques.

Plusieurs campagnes de travaux ont affecté l'édifice dans la première moitié du XVIIe siècle :
- abside à cinq pans, actuelle sacristie, bâtie en 1615 par Robert de la Vove
- escalier en pierre blanche construit en 1615 par Jean Guyon
- sur la façade sud, percement de deux fenêtres en plein cintre dont l'une, près de l'abside, est datée de 1646.

De plan carré, la tour du clocher-porche est étayée à ses angles de contreforts à ressauts amortis par une corniche, probablement bâtie peu après la construction du bas-côté nord, est défendue par trois archères-canonnières. Des fenêtres géminées, en anse de panier, éclairent le niveau supérieur. La restauration du XIXe siècle est notable sur les deux contreforts nord, en granit, et d'une taille beaucoup plus sèche. Le dôme octogonal, prolongé d'un campanile, a remplacé la flèche renversée par la tempête en 1707.

source: Plaque apposée à l'entrée de l'église Saint-Aubin

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Départ pour le Canada, vers 1650, de Julien Mercier
et de quatre-vingt familles de Tourouvre et des environs
(Lorin, Chartres 1892 - I.S.M.H.)
© 2014 www.perche-quebec.com
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Visite à Tourouvre, en 1891, d'Honoré Mercier,
Premier ministre du Québec
(Lorin, Chartres 1892 - I.S.M.H.)
© 2014 www.perche-quebec.com

source: Au Perche des Canadiens Français, brochure éditée par les "PAYS D'ACCUEIL PERCHE"


Maison de l’Emigration française au Canada - Tourouvre © 2014 www.perche-quebec.com

Maison de l’Emigration française au Canada

UNE REGION SOUCHE
Illustration du lien historique privilégié entre le Canada et la France, la Maison de l’Emigration française au Canada a été inaugurée le samedi 30 septembre 2006 par l'Ambassadeur du Canada en France, Claude Laverdure, et le Président de la Communauté de Communes du Haut Perche, Guy Monhée. Elle est située à Tourouvre, dans le Perche, en Normandie. De là, sont partis nombre d'émigrants français au début du XVIIe siècle pour s'installer en Nouvelle-France. Cette région a la particularité d'être la souche de plusieurs grandes familles québécoises comme les Pelletier, Gagnon, Tremblay, Rivard, Fortin, Bouchard et Drouin.

UN LIEU DE RENCONTRE
Centre d'interprétation de l'émigration française et percheronne au Canada, la Maison de l’Emigration française au Canada se veut être une actualisation des connaissances scientifiques sur le phénomène de l'émigration française avant 1760, un lieu de rencontre, ainsi qu'une passerelle ouverte sur l'avenir et le développement de nouvelles relations.

DECOUVERTES ET RECHERCHE
Lieu de mémoire, la Maison se donne aussi pour mission de développer les liens entre les français - qu'ils soient du Perche ou d'ailleurs - et leurs descendants d'Amérique du Nord, dans le cadre d'expositions, de rencontres, d'échanges généalogiques, de manifestations culturelles et d'activités pour les jeunes. Les visiteurs y trouveront de l'information de nature démographique et généalogique permettant de reconstituer l'histoire et de mieux comprendre le contexte social et individuel des émigrants français qui ont quitté leur pays pour en construire un nouveau.

Etablie en partenariat avec la Communauté de Communes du Haut-Perche, le Gouvernement du Canada, l'Union Européenne, l'Etat français, la Région Basse-Normandie et le Conseil Général de l'Orne, la Maison posséde de solides assises auprès des milieux universitaires français et canadiens. Elle s'appuie en effet sur un important programme de recherche scientifique (le PREFEN) qui vise à reconstituer les circonstances de l'émigration française aux XVIIe et XVIIIe siècles. Les données obtenues par ce programme viendront enrichir le contenu offert au public et assurer la validité scientifique des présentations.


Infos pratiques

Toutes les informations pratiques (adresse, horaires, contacts, tarifs...) sont disponibles sur le site de la Maison de l’Emigration française au Canada


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Genèse d'un projet

La réalisation de la Maison de l'Emigration française au Canada est l'aboutissement des liens qui se sont rétablis entre la terre d'origine des premiers colons et celle où eux-mêmes et leurs descendants ont fait souche. La visite d'Honoré Mercier en 1891, à Tourouvre marque le début de ces retrouvailles. Avec l'amélioration des conditions de navigation, puis l'avènement de l'aviation, les voyages entre Amérique du Nord et Europe vont permettre de rendre les échanges d'informations plus nombreux. Le XXe siècle est marqué par un patient travail de recherche sur le plan généalogique et historique, en vue de répondre à la demande des visiteurs canadiens désireux de retrouver les documents, le village, voire, le cas échéant, la maison de leur ancêtre du XVIIe siècle. Parallèlement, depuis plus de quarante ans, de nombreuses personnalités canadiennes, notamment l'ambassadeur du Canada ou ses représentants, ont été présents dans le Perche à de nombreuses reprises.

1891 : Visite à Tourouvre d'Honoré Mercier, Premier ministre du Québec, ministre de l'Agriculture du Canada. Deux vitraux commémorent ce grand événement.

1905 : Visite à Mortagne et Tourouvre d'Abélard Turgeon, ministre des Eaux et forêts du Québec.

1914-1918 : Le Canada envoie en France un fort contingent afin de combattre aux côtés de troupes alliées. Des milliers de jeunes soldats meurent dans la Somme, notamment à la Côté de Vimy.

1927 : Inauguration, à l'église Notre-Dame de Mortagne, d'un vitrail à la mémoire de Pierre Boucher en présence de Pierre Dupuy, délégué du Gouvernement canadien.

1944 : Participation des troupes canadiennes à la Libération de la France.

1956 : M. Desy, ambassadeur du Canada en France, et son épouse née Corinne Boucher, visitent Tourouvre et inaugurent la foire-exposition de Mortagne.

1957 : Création de Perche-Canada, par Edouard Leboucher, président-fondateur, par le chanoine Jean Aubry, secrétaire général et par Fernand Fortin. But de l'association : l'accueil des descendants des colons percherons du XVIIe siècle et l'approfondissement de la connaissance généalogique et historique. Ce travail de longue haleine sera notamment entrepris par Mme Françoise Montagne et par son mari M. Pierre Montagne. Chaque année, depuis sa fondation, Perche-Canada fait notamment apposer des plaques commémoratives dans les églises où ont été baptisés les pionnières et les pionniers percherons de la Nouvelle-France.

Mars 1976 : Congrès de Perche-Canada à Mortagne en présence de Gérard Pelletier, ambassadeur du Canada.

Avril 1977 : Congrès de Perche-Canada à Bresolettes en présence de Gérard Pelletier, ambassadeur du Canada.

Avril 1978 : Congrès de Perche-Canada à Igé en présence de Gérard Pelletier, ambassadeur du Canada et de son épouse née Leduc.

Juin 1978 : Réception à l'hôtel de ville de Mortagne de M. Camille Laurin, ministre québécois du Développement culturel.

Avril 1979 : Congrès de Perche-Canada à Saint-Langis en présence de Gérard Pelletier, ambassadeur du Canada.

Avril 1983 : Congrès de Perche-Canada à Manou (Eure-et-Loir) sous la présidence de Michel Dupuy, ambassadeur du Canada en France.

Septembre 1983 : Visite de Jean Pelletier, maire de Québec et de Gilles Duguay, attaché à l'ambassade du Canada.

Avril 1984 : A Tourouvre, 350e anniversaire de l'émigration percheronne en présence de Michel Dupuy, ambassadeur du Canada en France.

Avril 1985 : A Mortagne, visite de M. Michel Dupuy, ambassadeur du Canada en France, lors du congrès de Perche-Canada.

Juin 1987 : Inauguration à Tourouvre du musée de l'Emigration percheronne par Lucien Bouchard, ambassadeur du Canada en France.

Avril 1989 : Congrès de Perche-Canada à La Ventrouze en présence du Cardinal Gagnon.

Juin 1990 : Visite à Mortagne et Tourouvre, de Claude Charland, ambassadeur du Canada en France.

Février 1996 : A Saint-Cosme-en-Vairais, Benoît Bouchard, ambassadeur du Canada en France inaugure l'école primaire "Claude-Bouchard" en mémoire de son ancêtre.

Mai 1996 : Visite à Mortagne de M. Benoît Bouchard, ambassadeur du Canada en France.

Avril 1997 : Congrès de Perche-Canada à Randonnai en présence de Jacques Roy, ambassadeur du Canada en France.

1998 : La réflexion s'engage sur l'avenir du musée de l'émigration. Sous l'égide de la communauté de communes du Haut-Perche, présidée par Guy Monhée, l'idée d'une Maison de l’Emigration française au Canada est lancée. Le projet, sur le conseil de René Rivard, directeur du Bureau Cultura de Montréal, passe alors d'une dimension régionale à une thématique bi-nationale avec le soutien du Gouvernement canadien.

Juillet 1999 : Congrès de Perche-Canada à Mortagne et Moulins-la-Marche en présence de M. Jacques Roy, ambassadeur du Canada en France.

2000 : La visite de Jean Chrétien, Premier ministre du Canada, est perçue dans le Perche, à Tourouvre et à Mortagne, comme un encouragement décisif à la réalisation du grand projet de la Maison de l'Emigration.

source: Ministère des Affaires étrangères et du Commerce international du Canada


Notes pour un discours prononcé à Tourouvre
VISITE OFFICIELLE EN FRANCE DU PREMIER MINISTRE JEAN CHRETIEN

21-24 JUIN 2000

(le texte prononcé fait foi)

Monsieur le Préfet
Monsieur le Président du Conseil général
Mesdames et Messieurs les Maires de la Communauté de Communes
Monsieur le Maire de Tourouvre

Chers amis,

Permettez-moi de vous remercier pour ce chaleureux accueil dans la ville de Tourouvre. J'ai tenu à venir ici au cours de ma visite officielle en France parce que plus d'un Canadien-français sur cinq dont l'ancêtre est arrivé au Canada au XVIIe siècle, descend directement de la région du Perche. Ce chiffre prend tout son sens quand on pense que m'me si seulement 225 Percherons ont émigré au Canada, ils ont eu une descendance qui de nos jours est estimée à 1,5 million de Canadiens.

De plus, les historiens et démographes estiment que parce que les Percherons ont été parmi les premiers colons français au Canada, la majorité des Canadiens-français ont du sang percheron. C'est donc dire que le Perche est un des principaux berceaux de nos ancêtres.

Votre Communauté de Communes a l'ambitieux projet de créer une Maison de l’Emigration Française au Canada pour approfondir et perpétuer la mémoire de ceux qui se sont lancés, aux XVIIe et XVIIIe siècles, dans la grande aventure de la Nouvelle France. Je ne peux qu'applaudir à une telle initiative.

Pour vous aider à réaliser votre projet, permettez-moi, Monsieur le Maire, de vous offrir au nom du peuple canadien, une petite pierre de l'édifice que vous projetez d'ériger, c'est-à-dire le "Registre de tous les Actes de Baptême, de Mariage et de Sépulture du Québec ancien, de 1621 à 1799", où se sont établis les Percherons et leurs descendants, en espérant que cet outil indispensable facilitera les recherches qui seront effectuées dans votre Maison.

Je vous remercie.

source: Ministère des Affaires étrangères et du Commerce international du Canada


Discours de M. Raymond Chrétien
DISCOURS PRONONCE A L'OCCASION DE LA CEREMONIE D'OUVERTURE DES PREMIERES JOURNEES D'ETUDE DE LA MAISON DE L'EMIGRATION FRANCAISE EN CANADA

(Paris, Maison des étudiants canadiens, le 20 juin 2001)
par S.E. Raymond Chrétien, Ambassadeur du Canada en France

Messieurs les représentants du Conseil général de l'Orne et de la Communauté de Communes du Haut Perche,
Monsieur le Délégué général du Québec,
Mesdames et Messieurs les Universitaires,
Distingués invités, chers amis,

Nous sommes réunis aujourd'hui à Paris, en cette Maison des étudiants canadiens, pour tenter de donner un contenu rationnel, un fondement scientifique, à l'Histoire de nos deux pays, la France et le Canada.

Cette Histoire remonte au XVIIe siècle, à une époque oô les conditions d'existence de nos peuples n'étaient pas celles que nous connaissons maintenant, à une époque oô rien ne favorisait le départ de quelques milliers de Français vers la vallée du Saint-Laurent et vers la baie Française en Acadie.

Qu'est-ce qui pouvait pousser de simples gens - soldats, engagés ou Filles du roi - à s'extraire de leur milieu d'origine, à partir sur les routes de France vers les ports de La Rochelle, Dieppe ou Bordeaux, pour aboutir à Québec après deux mois de pénible traversée de l'Atlantique? Certainement pas l'attrait du climat rigoureux canadien ou les moeurs des tribus amérindiennes ennemies des Français! Mais peut-être, davantage, simplement, le désir d'améliorer leur sort, de commencer une nouvelle vie en s'affranchissant des contraintes qui pesaient sur l'existence des paysans, des petits artisans ou des soldats qu'ils étaient. Ou peut-être plus simplement par goût de l'aventure...

Toutes ces questions autour des origines des premiers colons établis au Canada intéressent nos historiens depuis longtemps. Mais rares sont ceux qui ont pu y apporter un embryon de réponse. Vous le savez mieux que moi, on s'est souvent contenté de célébrer l'étroite parenté qui nous unit, de vanter le succès de cette transplantation française en terre d'Amérique. Mais reste encore à analyser dans le détail, individu par individu, tout le mouvement d'émigration entre la métropole française et sa colonie canadienne. Au-delà des aspects sentimentaux de notre filiation, - vous Français, descendants de familles qui ont peut-être vu partir vers le Canada certains de leurs membres, et nous Canadiens, descendants de ces émigrants -, il reste à étudier tout ce pan de notre Histoire commune à partir des sources d'archives conservées ici même en France.

Il y a eu bien sûr certains travaux pionniers de recherche comme ceux du généalogiste québécois Archange Godbout, dans la première moitié du 20e siècle, qui a réussi à arracher aux registres paroissiaux français quelques bribes d'information. Mais plus récemment, une historienne percheronne, Françoise Montagne, dont je salue la fille qui est ici présente aujourd'hui, a patiemment creusé les origines familiales des émigrants originaires de la région de Tourouvre. Ses recherches ont servi de base au Musée de l'émigration percheronne au Canada fondé en 1987 et inauguré à l'époque par Lucien Bouchard. C'est ce musée qui est, en quelque sorte, l'ancêtre du projet actuel pour lequel nous sommes réunis.

C'est donc en réponse à une initiative percheronne qu'un groupe d'élus locaux et de spécialistes canadiens a conçu ce projet de Maison de l’Emigration Française au Canada, maison à vocation nationale consacrée au thème de l'émigration vers le Canada. Ce groupe a travaillé pendant plus de trois ans à définir ce projet, notamment sur le plan muséologique et historique, et à en faire la promotion. Aujourd'hui, universitaires des deux côtés de l'Atlantique, élus et gestionnaires publics sommes réunis en journées d'étude pour mieux définir la vocation scientifique de cette Maison qui doit ouvrir ses portes à Tourouvre, en 2004.

Votre participation à ces journées d'étude, à l'invitation du Conseil général de l'Orne et de la Communauté de Communes du Haut-Perche, illustre éloquemment votre intérêt pour le thème annoncé. J'y vois de votre part un désir de contribuer au dynamisme d'un projet audacieux. Permettez-moi donc de vous remercier de votre présence.

La Maison de l’Emigration Française au Canada tire les leçons du parcours mitigé du Musée de l'émigration percheronne, projet ambitieux à l'origine mais qui a manqué de stimulants financiers et intellectuels. Elle aura une assise beaucoup plus large. Son ancrage s'étendra des institutions locales, départementales et régionales aux grandes universités et centres de recherche de France et du Canada.

Ce partenariat d'envergure assurera la réalisation d'un vaste programme de recherche axé non seulement sur les émigrants percherons mais aussi, à terme, sur l'ensemble des émigrants français. Il permettra de développer une meilleure compréhension de ces hommes et femmes de l'Ancien Régime qui ont migré loin de leur pays, et une meilleure analyse de leur environnement social et politique local, de leur existence au quotidien, de leur santé et de leur vie familiale.

Ces émigrants, ce sont nos ancêtres, ceux qui ont transposé et adapté leur savoir et leurs valeurs à un nouveau contexte, qui se sont démarqués progressivement de leur société originelle. Cette quête de notre substance constitutive correspond à ce besoin de tout être humain exprimé, entre autres, par le Connais-toi toi-même des penseurs antiques.

Dans cette démarche d'investigation, de précieux antécédents ont déblayé le terrain au cours du dernier quart de siècle, notamment au sein des universités québécoises : des ouvriers de la première heure ici présents vous les rappelleront, aujourd 'hui même lors de la première séance. Demain, d'autres spécialistes présenteront des synthèses de recherches récentes. Ils traiteront de certains aspects de l'émigration française vers le Canada dont celui de la génétique, domaine qui suscite un grand intérêt chez les chercheurs de toutes disciplines et sur lequel se fondent beaucoup d'espoirs.

Un élément essentiel de vos travaux portera sur la méthode de recherche, la technologie la plus appropriée et l'insertion dans des réseaux aptes à assurer l'arrimage entre les institutions locales et régionales, les universités et autres organismes culturels français et canadiens, et un public présent à Tourouvre ou naviguant sur l'Internet. Là encore, vous bénéficiez d'expériences éloquentes, comme celles de plusieurs universités québécoises, de la Bibliothèque nationale de France et de bases de données présentes sur le web. Des réalisations récentes dans certains dépôts d'archives du Canada et de France peuvent aussi servir de point de départ à la constitution de bases de données sur les émigrants.

Le programme de recherche envisagé comporte un ambitieux volet de dépouillement et de numérisation d'archives paroissiales et notariales. Le produit de cette recherche est destiné à documenter les travaux de toute nature, de la généalogie à la génétique en passant par l'histoire et la démographie. C'est peut-être là l'aspect le plus inédit et le plus novateur du projet. C'est là, aussi, que le défi est le plus grand. Sa planification devra être réaliste pour ne pas perdre de son élan. Son calendrier devra aboutir à des productions prochaines et convaincantes. Sa communication devra rejoindre un vaste public diversifié sans pour autant sacrifier à la qualité du contenu. Enfin, sa gestion devra viser le long terme et sauvegarder précieusement les partenariats nombreux et de toute provenance intellectuelle.

Vous l'aurez compris, la Maison de l’Emigration Française au Canada est un concept marqué au double sceau de l'enracinement et de l'ouverture : enracinement dans un terroir bien localisé, grâce à des acquis, des traditions, des institutions, des savoirs et des techniques procurant des assises stables. Ouverture sur des régions autres que celles du départ des premiers émigrants percherons, par des accords entre universités, des protocoles souples d'association entre institutions et chercheurs individuels. Ouverture intellectuelle surtout, par le respect de toute forme de savoir et d'expérience dans les domaines qui sont les vôtres.

C'est dans ces conditions que la Maison de l’Emigration Française au Canada deviendra un foyer d'études actif, d'échanges fructueux, attirant un public nombreux, diversifié et satisfait d'avoir alimenté sa recherche.

Le Gouvernement du Canada, que j'ai l'honneur de représenter ici, est fier de renouveler l'appui enthousiaste qu'il a déjà donné à ce projet par la voix de son Premier ministre en visite à Tourouvre il y a un an, presque jour pour jour.

On m'informe aussi que l'Université de Montréal serait disposée à mettre à la disposition du projet son importante banque de recherche en démographie historique, le PRDH.

Je suis d'autre part encouragé par la déclaration récente de Mme Louise Beaudoin concernant une éventuelle participation du Québec au volet de recherche de ce projet. Je souhaite sincèrement que le Québec s'y associera.

Je suis enfin convaincu que la France ne sera pas en reste d'appui, puisque ce projet figure parmi les actions culturelles conjointes les plus importantes envisagées par nos deux gouvernements.

A l'instar de Champlain, explorateur, homme de science et visionnaire dont nous célébrerons en 2004 le 400e anniversaire du premier établissement en terre acadienne, nous espérons de vous, spécialistes, un développement du corpus sur les émigrants français. Un beau projet scientifique d'envergure qui fera l'envie des chercheurs de toutes disciplines.

Ce que nous attendons de ce programme, c'est finalement un enrichissement de la recherche fondamentale pour une réécriture de notre Histoire commune.

Je vous remercie.

source: Ministère des Affaires étrangères et du Commerce international du Canada


Allocution de M. Raymond Chrétien
DISCOURS PRONONCE A L'OCCASION DE LA CEREMONIE D'OUVERTURE DES PREMIERES JOURNEES D'ETUDE DE LA MAISON DE L'EMIGRATION FRANCAISE EN CANADA

(Alençon, le 22 juin 2001)
par S.E. Raymond Chrétien, Ambassadeur du Canada en France

Monsieur le Président du Conseil général de l'Orne,
Monsieur le Préfet de l'Orne,
Monsieur le Président de la Communauté des Communes du Haut-Perche,
Madame la Présidente de l'Université de Caen,
Mesdames, Messieurs les scientifiques,
Distingués invités,
Chers amis,

Lorsqu'il a été question , il y a trois ans, de créer une Maison de l’Emigration Française au Canada à Tourouvre pour redonner vie au Musée de l'Emigration percheronne, il avait été convenu que pour réussir, cette Maison devait être accompagnée d'une démarche de recherche scientifique sur les pionniers français qui ont été à l'origine du peuplement de la Nouvelle-France.

Comme nous venons de l'entendre de la part des deux rapporteurs des journées d'études qui se sont tenues à Paris depuis mercredi, (Messieurs Joseph Goy et Gérard Bouchard que je remercie vivement), ce nécessaire accompagnement est en voie de prendre forme.

Nous sommes ici aujourd'hui pour assister à la naissance d'un ambitieux programme de recherche qui non seulement alimentera le contenu de la Maison de l'Emigration mais ira bien au-delà, puisqu'il permettra un développement majeur du corpus de nos connaissances sur les émigrants français, propre à étayer l'histoire qui nous unit.

Ce projet de recherche sur l'émigration française en Nouvelle France se devait d'être encadré par les meilleurs universitaires de France et du Canada, et même des Etats-unis, qui se constitueront sous peu en Conseil scientifique. Cela est donc en voie d'être réalisé.

Il se devait qussi d'être dirigé par un chercheur chevronné dont l'expérience dans ce domaine n'est plus à démontrer: le professeur Yves Landry. Cela est fait.

La recherche portera d'abord sur trois cantons du Perche d'oô les premiers émigrants sont partis : Tourouvre, Mortagne et Bellême. Mais elle aura aussi un caractère national puisque l'ensemble des émigrants français de toutes les parties de France seront, à terme, répertoriés. Programme certes très ambitieux que nous nous engageons à réussir ...

Les journées d'études de Paris auront permis de forger des partenariats essentiels entre universitaires et institutions de haut savoir (ce qui n'est pas toujours évident). Les autorités québécoises y ont aussi manifesté un intérêt certain, par la présence de leur délégué général à Paris.

Je remercie les autorités de l'Orne et de la Communauté de Commune du Haut-Perche des efforts déployés pour célébrer cette importante période de notre histoire commune. Je souhaite qu'ensemble, nous mènerons ce projet à bon port.

Personnellement, je n'en ai aucun doute.

Je vous remercie!

source: Ministère des Affaires étrangères et du Commerce international du Canada


Allocution de M. Jacques Chirac
ALLOCUTION PRONONCEE A L'OCCASION DU LANCEMENT DU PROGRAMME CANADA-FRANCE 2004 ET DE LA VISITE DE L'EXPOSITION "LE CANADA VRAIMENT" EN COMPAGNIE DE SON EXCELLENCE MONSIEUR JEAN CHRETIEN PREMIER MINISTRE DU CANADA

(Cité des Sciences et de l'Industrie - Paris, mardi 9 décembre 2003)
par M. Jacques Chirac, Président de la République Française

Monsieur le Premier ministre,
Mon cher Jean,
Madame et Messieurs les ministres,
Mesdames, Messieurs,
Mes Chers amis,

D'abord, mon Cher Jean, je veux te dire combien je suis heureux de lancer officiellement, avec toi, le programme Canada-France 2004 et combien je me réjouis à cette occasion de visiter cette grande exposition consacrée au Canada du XXIe siècle. Je tiens à saluer, après toi, toutes celles et tous ceux qui, par leur travail, ont permis à ce bel et ambitieux projet de voir le jour, offrant du Canada l'image forte et séduisante d'un pays dynamique, résolument tourné vers l'avenir et décidé à incarner cette aspiration, si typiquement américaine, au progrès et au bonheur pour tous.

J'éprouve également, dans cette circonstance, une certaine émotion. Cet événement est le premier de tous ceux qui, en 2004, commémoreront le 400e anniversaire du premier établissement permanent français en Amérique du nord. Peu de nations peuvent ainsi célébrer quatre siècles d'histoire commune.

Il y a un mois, les représentants de la communauté acadienne organisaient à Fontainebleau, en présence de ministres du Nouveau-Brunswick et de la Nouvelle-Ecosse, une cérémonie destinée à célébrer la remise par Henri IV, le 8 novembre 1603, du brevet de "lieutenant gouverneur au pays de la Cadie à Pierre du Gua de Monts. Ce dernier, accompagné de Samuel de Champlain et d'une centaine d'hommes, allait fonder sur l'Ile de Sainte-Croix, en juin 1604, le premier établissement français permanent. Le courage, l'esprit d'aventure, l'opiniâtreté de ces explorateurs et de ceux qui les ont suivis, leur foi dans leur mission au service de la France conduisaient, quatre ans plus tard, à la fondation de la ville de Québec qui fêtera ses quatre cents ans d'existence en 2008.

Ainsi, pendant les quatre prochaines années, allons-nous commémorer quatre siècles de découvertes et d'échanges, notamment avec les Premières Nations, des Amérindiens curieux de ces nouveaux venus et somme toute assez bienveillants, et d'ailleurs sans l'aide desquels les pionniers européens n'auraient pas pu survivre. Les liens qui unissent nos deux pays se sont nourris et enrichis de ces échanges. Ils font de la relation entre le Canada et la France une relation unique, fondée sur une communauté de langue, de culture et même de système juridique puisque l'année prochaine, nous commémorerons ensemble le bicentenaire du Code Civil.

Je ressens aussi une grande fierté aujourd'hui : ces 400 ans de changements profonds de la carte du monde et de nos sociétés tissent la trame d'une amitié ininterrompue, d'un lien qui a résisté aux tempêtes de l'histoire, d'une fraternité qu'ont magnifiquement incarnée les soldats canadiens engagés sur le sol de France, aux côtés de leurs camarades des autres nations alliées, lors des deux conflits mondiaux du XXe siècle. Les Français n'oublieront jamais ce qu'ils doivent à ces valeureux combattants venus, par deux fois, les aider à recouvrer leur liberté. Notre amitié se nourrit aussi désormais d'une coopération intense et dynamique dans les domaines aussi bien économique que culturel, scientifique, technique.

Au moment où vous vous préparez, Monsieur le Premier ministre, au moment où tu te prépares mon cher Jean, à quitter la vie politique, à mon grand regret, je tiens à dire publiquement que jamais les relations entre la France et le Canada n'ont été meilleures, jamais. Jamais les valeurs que nos deux pays ont en héritage ne nous ont autant rapprochés. Même conception des relations internationales, fondée sur la primauté du droit, sur le respect des peuples, sur les droits de l'homme, sur le rôle des Nations Unies ; même souci d'agir en faveur du développement durable, de l'Afrique et de l'environnement ; même engagement en faveur de la solidarité internationale, de la diversité culturelle et de la Francophonie.

Témoignant de notre cousinage, une Maison de l’Emigration Française au Canada, Maison de la généalogie, va prochainement ouvrir ses portes à Tourouvre, en Normandie. Tourouvre, d'où sont partis tant de candidats à une vie meilleure en Nouvelle-France.

Autre lieu de mémoire, cette magnifique exposition virtuelle sur la Nouvelle-France inaugurée en novembre dernier et qui, grâce à un travail exceptionnel de numérisation des archives, a permis de rassembler plus de 600 000 images et un millier de données cartographiques destinées à faire revivre l'aventure qui unit nos deux peuples. Je tiens à saluer, tout particulièrement, celles et ceux qui ont apporté leur concours à ce superbe projet. Ce défi technologique, fruit de l'étroite collaboration entre la Direction des Archives de France et les Archives nationales du Canada, est à l'image de la relation unique entre le Canada et la France.

Appelée "Horizons nouveaux, histoire d'une terre française en Amérique", cette réalisation magistrale montre à quel point ce 400e anniversaire du fait français en Amérique du nord est une incitation à nous projeter, nous aussi, vers de nouveaux horizons.

L'exposition "le Canada Vraiment" en est, à tous égards, l'illustration. Elle offre l'image d'un grand pays moderne, dynamique, multiculturel, ouvert sur l'avenir, débarrassé de certains de ses clichés folkloriques. Elle nous incite à aborder avec confiance les nouvelles frontières de la science, les défis de l'urbanisme contemporain, les questions éthiques que suscitent nos modes de vie, leur impact sur notre environnement. Elle nous invite aussi à être toujours plus ambitieux dans nos relations.

Ceux qui, par leur courage et leur persévérance, ont fait naître le fait français en Amérique du nord ; ceux qui, dans des conditions souvent difficiles, en ont assuré la survie pour en faire un des éléments de l'identité canadienne ; ceux qui ont participé à la naissance et à l'affirmation d'un grand pays moderne, nous ont laissé un héritage que nous devons faire fructifier. Cet avenir, nos jeunes vont le construire. C'est le sens de l'accord signé à Ottawa, en mai dernier, à l'occasion de la visite du Premier ministre, M. Jean-Pierre RAFFARIN. Il va permettre à 14 000 jeunes Français et Canadiens de traverser l'Atlantique dans le cadre de programmes d'échanges et de découverte, contribuant ainsi à rendre encore plus vivante et dynamique la relation entre le Canada et la France. Merci pour le rôle essentiel que tu as eu dans cette belle initiative.

Monsieur le Premier ministre, Mon cher Jean,

L'anniversaire de la première installation de colons français en Amérique est l'occasion d'un retour en arrière émouvant et nostalgique. C'est surtout l'occasion de mesurer l'oeuvre accomplie par des générations de Canadiens avec lesquels nous, Français, sommes en pleine intelligence. Le Canada incarne aux yeux de mes compatriotes un rêve d'Amérique, où tout est possible, où chacun, à force de travail, peut trouver sa place. Un idéal de tolérance, qui apporte chaque jour la preuve que l'on peut être soi-même et en même temps ouvert aux autres.

Quelle belle leçon à l'aube de ce siècle, leçon qu'incarne le Canada et si tu me permets de le dire, une leçon que tu as si brillamment incarnée pendant tout le temps où tu en as dirigé le destin. Quel exemple pour tant de pays ! Quelle invitation à espérer en l'avenir !

Je te remercie, je vous remercie.

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